L'audit énergétique tertiaire est obligatoire pour les grandes entreprises depuis 2015, renouvelable tous les 4 ans. Visite technique approfondie (1 à 10 jours selon surface), modélisation thermique dynamique (STD), analyse CVC et enveloppe, scénarios de travaux chiffrés avec TRI, calcul des aides CEE/MPR' : quel prestataire choisir (RGE Études, OPQIBI 1905), quel budget prévoir par tranche de surface, comment l'audit s'articule avec votre stratégie décret tertiaire OPERAT pour atteindre -40 % en 2030.
Qui est soumis à l'obligation d'audit énergétique tertiaire ?
L'article L233-1 du Code de l'énergie (transposition directive européenne 2012/27/UE) impose la réalisation d'un audit énergétique tous les 4 ans aux entreprises dont :
- L'effectif dépasse 250 salariés en équivalent temps plein (ETP) sur l'exercice comptable, ET
- Le chiffre d'affaires annuel excède 50 millions d'euros OU le bilan total excède 43 millions d'euros
Calcul de l'effectif : Moyenne annuelle calculée sur l'exercice N-1. Les intérimaires, stagiaires et alternants comptent au prorata de leur temps de présence.
Périmètre géographique : Tous les sites et activités de l'entreprise en France métropolitaine et DROM-COM, couvrant :
- Bâtiments tertiaires (bureaux, commerces, entrepôts logistiques, data centers)
- Sites industriels (process de production, utilités)
- Transports (flotte de véhicules, logistique interne)
✓ Exemption ISO 50001 : Les entreprises certifiées ISO 50001 (système de management de l'énergie) sur l'intégralité de leur périmètre sont exemptées d'audit énergétique réglementaire. La certification doit couvrir 100 % des consommations (bâtiments + process + transport).
Périodicité : Premier audit avant le 5 décembre 2015, puis renouvellement tous les 4 ans (prochaines échéances : 2023, 2027, 2031...).
Contenu réglementaire de l'audit énergétique tertiaire (NF EN 16247-2)
L'audit énergétique tertiaire doit être conforme à la norme NF EN 16247-2 (audits énergétiques des bâtiments) et respecter le cahier des charges ADEME édition 2026. Il comprend obligatoirement 6 phases :
Phase 1 : Réunion de lancement et collecte des données
Réunion de cadrage (1 à 2h) :
- Présentation de la méthodologie d'audit au commanditaire
- Définition du périmètre exact (quels bâtiments, quels usages)
- Identification des enjeux prioritaires de l'entreprise (réduction charges, décret tertiaire, confort thermique)
- Planning de visites et personnes ressources à mobiliser
Documents à fournir par l'entreprise :
- Plans du ou des bâtiments (architecte, CVC, électrique, fluides)
- Factures énergétiques détaillées sur 3 ans minimum (gaz, électricité, fioul, réseau de chaleur, bois...)
- Relevés de compteurs si sous-comptage existant
- Fiches techniques des équipements (chaudières, PAC, climatiseurs, CTA, éclairage)
- Contrats de maintenance (CVC, ascenseurs, GTB/GTC)
- DPE collectif si disponible (copropriétés)
- Données d'occupation : effectifs, horaires d'ouverture, process spécifiques
Phase 2 : Visite technique approfondie du site
Durée minimale de visite selon surface :
| Surface bâtiment |
Durée visite minimale |
Éléments inspectés |
| 500–2 000 m² |
1 jour |
Chaufferie, CTA, éclairage, enveloppe |
| 2 000–5 000 m² |
2 jours |
+ Thermographie IR, test infiltrométrie |
| 5 000–10 000 m² |
3 jours |
+ Campagne mesures instrumentées |
| 10 000–20 000 m² |
5 jours |
+ Analyse process, data center si applicable |
| > 20 000 m² |
7–10 jours |
Audit multi-sites, audits parallèles |
Inspection enveloppe thermique :
- État des façades : fissures, dégradations, présence/absence d'isolation
- Toiture : type (terrasse/combles), isolation, étanchéité
- Menuiseries extérieures : type vitrage (simple/double/triple), état des joints, présence occultations
- Ponts thermiques visibles : nez de dalle, acrotères, liaisons façade-plancher
- Thermographie infrarouge (si budget le permet) : détection déperditions, défauts d'isolation, infiltrations d'air
Inspection systèmes CVC (Chauffage-Ventilation-Climatisation) :
- Chaufferie : type chaudière (gaz/fioul/bois), puissance installée, âge, rendement PCI mesuré, état brûleur, calorifugeage tuyauteries
- Pompe à chaleur (si existante) : type (air-air/air-eau/géo), COP nominal et SCOP saisonnier réel, maintenance
- Climatisation : groupes froids (puissance, EER, fluide frigorigène), tours aéroréfrigérantes, centrales de traitement d'air (CTA)
- Distribution hydraulique : longueur réseaux, diamètres, isolation, équilibrage hydraulique, vannes thermostatiques
- Émetteurs : radiateurs, planchers chauffants/rafraîchissants, ventilo-convecteurs, cassettes plafonnières
- Régulation : présence GTC/GTB (classe A/B/C/D selon EN 15232), sondes température, programmation horaire, courbes de chauffe
Inspection ventilation :
- Type de ventilation : naturelle, VMC simple flux, VMC double flux avec récupération chaleur
- Débits d'air mesurés vs débits réglementaires (Code du Travail R4222-6)
- État filtres CTA, nettoyage gaines
- Présence détection CO₂ pour modulation débit selon occupation
Inspection éclairage :
- Types de luminaires : LED, tubes fluorescents T5/T8, halogènes, incandescence
- Puissance installée par m² (W/m²)
- Présence détection de présence, gradation selon apport lumière naturelle
- Niveaux d'éclairement mesurés (lux) vs recommandations NF EN 12464-1
Inspection équipements spécifiques :
- Serveurs informatiques : nombre, puissances, climatisation dédiée, virtualisation
- Cuisines professionnelles : fours, hottes, chambres froides
- Blanchisserie : lave-linge industriels, séchoirs
- Process industriels légers si applicable
Phase 3 : Bilan des consommations par usage
L'auditeur répartit les consommations totales du bâtiment (kWhEF/an) par poste selon 3 méthodes complémentaires :
1. Exploitation du sous-comptage énergétique (si existant) :
- Compteurs divisionnaires chauffage, climatisation, éclairage, prises, process
- Relevés horaires/journaliers pour identifier les pics de consommation
2. Simulation thermique dynamique (STD) du bâtiment :
- Modélisation 3D du bâtiment (enveloppe + systèmes) sur logiciel certifié (EnergyPlus, TRNSYS, Pleiades Comfie)
- Calage du modèle sur les factures réelles (±10 % de tolérance)
- Décomposition automatique des consommations par usage
3. Méthode des ratios sectoriels (ADEME, CSTB) :
- Application de ratios moyens par type d'activité (bureaux, enseignement, santé, commerce...)
- Correction selon zone climatique et période de construction
Exemple de décomposition pour bureaux 5 000 m² zone H1 (consommation totale 230 kWhEF/m²/an) :
| Usage |
kWhEF/m²/an |
% total |
MWh/an (5000 m²) |
Coût annuel (€) |
| Chauffage gaz |
95 |
41 % |
475 |
42 750 |
| Climatisation |
50 |
22 % |
250 |
42 500 |
| Bureautique |
35 |
15 % |
175 |
29 750 |
| Éclairage |
30 |
13 % |
150 |
25 500 |
| Auxiliaires (ventilation, pompes) |
15 |
7 % |
75 |
12 750 |
| ECS |
5 |
2 % |
25 |
2 125 |
| TOTAL |
230 |
100 % |
1 150 |
155 375 |
Identification des postes prioritaires : Dans cet exemple, chauffage (41 %) et climatisation (22 %) concentrent 63 % des consommations → cibles prioritaires pour la rénovation.
Phase 4 : Analyse de l'enveloppe thermique (déperditions)
L'auditeur calcule les déperditions thermiques du bâtiment en W/K selon la méthode 3CL-DPE 2021 ou Th-Bât (RT-existant) :
Calcul des coefficients de transmission thermique :
- Murs : Coefficient U (W/m².K) selon nature paroi (béton, brique, pierre) + présence/épaisseur isolation
- Toiture : U toiture selon type (terrasse, combles perdus, combles aménagés) + isolation
- Plancher bas : U plancher selon type sous-sol (terre-plein, vide sanitaire, local non chauffé)
- Menuiseries : Coefficient Uw (W/m².K) selon type vitrage et menuiserie (PVC, alu, bois)
- Ponts thermiques : Calcul des ponts linéiques Ψ (W/m.K) aux liaisons façade-plancher, façade-refend, acrotères
Exemple de répartition des déperditions (bâtiment non isolé années 1980) :
| Paroi |
U actuel (W/m².K) |
% déperditions |
Priorité rénovation |
| Murs non isolés |
1,80 |
35 % |
🔴 Priorité 1 |
| Toiture-terrasse non isolée |
2,50 |
25 % |
🔴 Priorité 1 |
| Menuiseries simple vitrage |
5,80 |
18 % |
🟡 Priorité 2 |
| Renouvellement d'air (infiltrations + VMC) |
— |
12 % |
🟡 Priorité 2 |
| Ponts thermiques |
— |
10 % |
🟢 Priorité 3 |
Phase 5 : Scénarios de travaux et hiérarchisation selon TRI
L'audit énergétique tertiaire doit proposer au minimum 2 scénarios de travaux avec niveaux d'ambition croissants, chiffrés précisément :
Scénario 1 — Actions rapides (Quick Wins) / TRI < 5 ans
- Réglage courbes de chauffe chaudière : Gain 5 kWhEF/m²/an | Coût 0 € | TRI immédiat
- Calorifugeage tuyauteries chaufferie : Gain 8 kWhEF/m²/an | Coût 15 000 € | TRI 2,5 ans
- Remplacement éclairage LED + détection : Gain 18 kWhEF/m²/an | Coût 140 000 € | TRI 4,2 ans
- Programmation horaire CVC via GTC : Gain 12 kWhEF/m²/an | Coût 8 000 € | TRI 1,1 an
- Total scénario 1 : Gain 43 kWhEF/m²/an | Investissement 163 000 € HT | TRI moyen 3,2 ans
Scénario 2 — Rénovation ambitieuse / TRI < 15 ans
- Scénario 1 (Quick Wins) : 43 kWhEF/m²/an
- ITE façades 14 cm + toiture 16 cm : Gain 43 kWhEF/m²/an | Coût 680 000 € HT | TRI 12,8 ans
- Remplacement menuiseries simple → double VIR : Gain 15 kWhEF/m²/an | Coût 95 000 € HT | TRI 8,5 ans
- PAC air-eau 450 kW + adaptation hydraulique : Gain 35 kWhEF/m²/an | Coût 280 000 € HT | TRI 6,2 ans
- GTB classe A (EN 15232) : Gain 12 kWhEF/m²/an | Coût 120 000 € HT | TRI 6,5 ans
- Total scénario 2 : Gain 148 kWhEF/m²/an | Investissement 1 338 000 € HT | TRI moyen 9,3 ans
Chaque action est détaillée avec :
- Descriptif technique précis (épaisseur isolant, type PAC, puissance équipements...)
- Coût d'investissement TTC avec décomposition (fourniture + pose + études)
- Économies énergétiques annuelles (kWhEF/an et €/an)
- Temps de retour sur investissement brut et actualisé (TRI à 4 %)
- Aides financières mobilisables : CEE (détail par fiche CEE), MaPrimeRénov' Tertiaire si applicable, éventuelles aides régionales
- Impact sur le DPE collectif (passage classe E → C par exemple)
- Impact sur l'atteinte des objectifs décret tertiaire (-40 % en 2030)
Phase 6 : Rapport d'audit et plan d'actions pluriannuel
Le rapport d'audit (100 à 300 pages selon complexité) comprend :
- Synthèse managériale (5–10 pages) : résumé exécutif, scénarios recommandés, retours sur investissement
- Description du bâtiment : plans, photos, caractéristiques thermiques
- Bilan énergétique : factures, décomposition par usage, graphiques de répartition
- Analyse technique détaillée : enveloppe, CVC, éclairage, process, GTB
- Scénarios de travaux : fiches actions détaillées avec chiffrages
- Plan pluriannuel d'investissement : priorisation des travaux sur 5–10 ans selon contraintes budgétaires
- Annexes : calculs détaillés, fiches techniques équipements, devis indicatifs, attestations CEE
Qui peut réaliser un audit énergétique tertiaire réglementaire ?
Le prestataire doit être qualifié et disposer de l'une des qualifications suivantes :
- Qualification OPQIBI 1905 "Audit énergétique des bâtiments tertiaires et industriels" (bureau d'études)
- Certification RGE Études délivrée par organisme accrédité (Certivéa, Certibat)
- Auditeur énergétique certifié EN 16247 (certification personnelle valable 5 ans)
Obligation d'indépendance : L'auditeur ne doit avoir aucun lien capitalistique avec :
- Des fournisseurs d'énergie (EDF, Engie, TotalEnergies...)
- Des entreprises de travaux (isolation, chauffage, menuiseries)
- Des fabricants d'équipements CVC
Cette indépendance garantit l'objectivité des préconisations.
Prix d'un audit énergétique tertiaire en 2026 (grille tarifaire détaillée)
| Surface bâtiment |
Prix audit HT |
€/m² |
Délai réalisation |
| 500–1 000 m² |
2 500–4 000 € |
3,5–5 € |
3 semaines |
| 1 000–2 000 m² |
4 000–6 500 € |
3–4 € |
4 semaines |
| 2 000–5 000 m² |
6 500–14 000 € |
2,5–3,5 € |
5–6 semaines |
| 5 000–10 000 m² |
14 000–25 000 € |
2–3 € |
6–8 semaines |
| 10 000–20 000 m² |
25 000–45 000 € |
1,8–2,5 € |
8–10 semaines |
| 20 000–50 000 m² |
45 000–90 000 € |
1,5–2 € |
10–14 semaines |
| > 50 000 m² ou multi-sites |
Sur devis (90 000–200 000 €) |
1–1,8 € |
3–6 mois |
Prestations complémentaires optionnelles (hors audit de base) :
| Prestation |
Prix HT |
Utilité |
| Thermographie infrarouge façades |
1 500–3 500 € |
Détection défauts isolation, infiltrations air |
| Test infiltrométrie (blower door) |
1 200–2 800 € |
Mesure perméabilité air enveloppe |
| Campagne mesures instrumentées (15 jours) |
2 500–6 000 € |
T°, hygrométrie, débits air, puissances élec |
| Simulation thermique dynamique (STD) |
3 000–10 000 € |
Modélisation 3D, confort été, variantes travaux |
| Accompagnement déclaration OPERAT |
800–1 800 € |
Saisie données, choix année référence, suivi |
| Dossier CEE complet (toutes fiches) |
1 500–3 000 € |
Constitution dossiers CEE par action |
Articulation audit énergétique ↔ décret tertiaire OPERAT
| Critère |
Audit énergétique réglementaire |
Décret tertiaire OPERAT |
| Qui est concerné ? |
Entreprises >250 salariés OU CA >50 M€ |
Tous bâtiments tertiaires >1 000 m² |
| Objectif |
Diagnostic énergétique approfondi + scénarios travaux chiffrés |
Réduction consommations -40 % (2030) / -50 % (2040) / -60 % (2050) |
| Périodicité |
Tous les 4 ans (2027, 2031...) |
Déclaration annuelle avant 30 septembre |
| Coût |
3 000–50 000 € HT selon surface |
Gratuit (plateforme ADEME) |
| Sanction |
Jusqu'à 2 % CA (théorique, jamais appliqué) |
7 500 €/an (non-déclaration), 1 500 €/an (non-conformité objectifs) |
Bonne pratique : Utiliser l'audit énergétique réglementaire comme base de la stratégie décret tertiaire. Les scénarios de travaux chiffrés permettent de :
- Planifier les actions nécessaires pour atteindre -40 % en 2030
- Prioriser les investissements selon le TRI
- Anticiper les besoins budgétaires sur 5–10 ans
- Alimenter les déclarations annuelles OPERAT avec les actions réalisées
FAQ Audit énergétique tertiaire 2026
Q : L'audit est-il obligatoire pour les PME <250 salariés ?
R : Non, l'obligation ne concerne que les grandes entreprises >250 salariés ET CA >50 M€. Cependant, un audit volontaire est fortement recommandé pour les bâtiments soumis au décret tertiaire (>1 000 m²) afin de définir la stratégie d'atteinte des objectifs -40 % en 2030.
Q : Puis-je réaliser l'audit en interne avec mes équipes techniques ?
R : Oui, si vous disposez d'un salarié certifié auditeur énergétique EN 16247 ET indépendant (pas de lien avec fournisseurs énergie/entreprises travaux). Dans la pratique, 95 % des entreprises font appel à un bureau d'études externe RGE.
Q : Les aides CEE sont-elles déduites du coût de l'audit ?
R : Non, l'audit énergétique lui-même n'est pas éligible aux CEE. En revanche, les travaux préconisés dans l'audit sont éligibles aux CEE (isolation, chauffage, éclairage...). L'auditeur doit chiffrer précisément les CEE mobilisables pour chaque action.
Q : Quelle différence entre audit réglementaire et audit OPERAT ?
R : Il n'existe pas d'"audit OPERAT" réglementaire. OPERAT est une plateforme de déclaration de consommations. L'audit énergétique réglementaire (L233-1) sert de diagnostic pour définir la stratégie d'atteinte des objectifs décret tertiaire déclarés sur OPERAT.
Besoin d'un audit énergétique tertiaire réglementaire conforme NF EN 16247-2 ?
Notre bureau d'études certifié RGE Études et OPQIBI 1905 réalise des audits énergétiques tertiaires avec stratégie décret tertiaire intégrée, scénarios de travaux hiérarchisés selon TRI et accompagnement OPERAT.
Demander un devis →